LITTÉRATURE

La fragilité de la chaîne du livre

la culture est aux abois... et la caravane passe ! Sauf si...

Quand on parle de la chaîne du livre, on a beau chercher sur les internets et même dans les manuels scolaires, tous les métiers sont présentés, de l’écrivain au libraire, en passant par le graphiste ou le traducteur, et bien sûr ceux des éditeurs aux imprimeurs, mais il est rarement fait allusion à l’industrie papetière et à la ressource principale pour faire le papier de nos beaux livres : le bois ! Pourtant, si on devait déterminer l’origine de fabrication d’un produit, comme pour vos vêtements, on irait regarder sur les étiquettes et en toute transparence (*) on pourrait lire coton Égyptien ou Indien, parce qu’à part à Montréal du Gers, le coton ne pousse pas en France, mais ça va venir avec le réchauffement climatique. Donc revenons à nos moutons : pour faire un livre, il faut du papier, et même si le papier recyclé prend de plus en plus d’importance, le bois reste la matière première pour le fabriquer ! Le choix du bois ou du papier revient à l’éditeur et à l’imprimeur, et en France, le secteur est un des plus actifs au monde ! Nous faisons suite à notre article publié pendant le confinement sur les livres : Et si on achetait des livres d’auteurs Français . Nous voulions une suite, pour tenter de comprendre comment tout est lié, en quoi c’est un cercle vertueux à défendre et une question de bon sens, même économique et financière. On fait un tour dans le monde merveilleux du livre et du bois ?

La France compte sur son territoire parmi les plus belles forêts du monde, elles sont protégées et entretenues par nos sylviculteurs de manière durable, afin de préserver, voire restaurer la capacité de résilience écologique de leur éco-système, face aux changements climatiques, aux risques de maladies des arbres, d’incendies, tempêtes, etc. Ces modes de gestion apportent une attention soutenue à l’environnement et à la biodiversité, contrairement à d’autres pays qui surexploitent et détruisent le poumon de la planète, le Brésil avec la déforestation sauvage de la forêt amazonienne et les plantations de palmier à huile dans beaucoup de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine pour ne citer que ces exemples (selon WWF, une plantation de palmier à huile réduit de 90% au minimum le taux de biodiversité par rapport à une forêt tropicale primaire). On vous laisse déduire par vous même l’impact et les conséquences d’une mauvaise gestion de notre patrimoine forestier.

Il est indéniable aujourd’hui que le papier recyclé est un des plus utilisés dans l’impression, il représentait il y a déjà 4 ans plus de 66% de la production. Pour bien comprendre, le papier recyclé est produit à partir de fibres de bois présentes dans des déchets de papiers de bureau principalement et d’autres papiers ou cartons issus de la collecte et du tri, d’où l’importance de bien trier nos déchets pour faciliter le recyclage. Le recyclage permet d’utiliser trois fois moins d’énergie, trois fois moins d’eau et jusqu’à 30 % de CO2 de moins que la production de papier à base de fibre de bois. La pâte ainsi obtenue est nettoyée et désencrée, avant d’être mélangée à des fibres de bois vierges. Le papier ne peut être recyclé que 5 fois, d’où la nécessité d’injecter du bois et de gérer correctement nos forêts de façon durable.

En France, il existe deux sortes de papiers labellisés disponibles pour l’édition : les papiers PEFC et FSC. Cette labellisation porte seulement sur la gestion de la forêt et non sur la production et l’impression du papier. Toutefois, des imprimeries portent aussi ces labels, indiquant qu’elles font le choix de ces papiers et s’assurent de leur provenance. D’où l’importance de choisir un imprimeur qui se fournit en papier venant de bois Français. Pour faire court, COPACEL, (l’Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses) rappelle que 94,9% de l’industrie papetière Française est issu de bois français (69% de résineux). La France est pratiquement autonome (enfin une bonne nouvelle). La production française de papiers et de cartons se situe au quatorzième rang mondial. Les quatre premiers producteurs sont la Chine -le berceau du papier- les Etats Unis, le Japon et l’Allemagne. Nous nous situons au cinquième rang en Europe. Le secteur employait l’an dernier en France près de 12.500 personnes, dans 85 usines et 75 entreprises (chiffre constant). 130 machines à papier étaient l’an dernier encore en activité et Huit millions de tonnes de papier ont été produites l’an dernier en France. L’usage principal de l’industrie du papier et du carton reste l’emballage, tirée notamment par le développement du commerce en ligne, et même si pendant le confinement le papier toilette a vu sa consommation augmentée sans que l’on ait compris pourquoi, le papier hygiénique ne représente que 11%, mais 10 millions d’arbres par an ! On n’a qu’un mot à vous dire, pour vos fesses, exigez du PQ recyclé et Made in France


Trêve de courtoisie, Paul-Antoine Lacour, le délégué général de Copacel, a demandé à ce que le secteur soit reconnu comme "nécessaire à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale" ; certaines usines fabriquent le papier-toilette mais également le carton des paquets de pâtes et le papier spécial des masques FFP2 et FFP3. L’impact sur les flux logistiques des entreprises où le papier est indispensable est indéniable, la fermeture des centres de tri pendant le confinement a fait craindre l’arrêt de tout le secteur, que ce soit la presse ou les imprimeurs, sans papier, c’est une économie à l’arrêt pour de nombreuses industries. Sans eux, plus de culture :

La chaine du livre en France

La création, l’édition, la fabrication ou encore la commercialisation d’un ouvrage sont le résultat de nombreuses étapes faisant intervenir de multiples acteurs de ce qu’on appelle communément la chaîne du livre.
La chaîne du livre en France c’est :
-  3 300 librairies, l’un des réseaux les plus denses au monde.
-  la 1ère filière économique des industries culturelles.
-  plus de 80 000 emplois sur toute la chaîne, soit près de 20 % de l’ensemble des emplois du secteur culturel (430 000).
-  plus de 55 000 auteurs de livres en France, qu’il s’agisse des écrivains, des illustrateurs ou encore des traducteurs.
-  plus de 8000 structures éditoriales, dont 4000 pour lesquelles l’édition constitue l’activité principale. On estime à près de 17 000 le nombre d’emplois salariés dans l’édition de livres.
-  Néanmoins les 12 premiers éditeurs totalisent près de 80% des ventes de livres.
-  Le livre représente 8 à 9% du chiffre d’affaires de la production d’imprimés
-  Un quart environ des entreprises de ce secteur (prépresse, imprimerie, reliure) travaille pour l’édition, soit quelques 300 sociétés de plus de dix salariés.
-  Le nombre total de lieux de vente du livre (librairies, grandes surfaces culturelles, hypermarchés, supermarchés et magasins populaires) se situe en France autour de 20 000 à 25 000.
Source : Culture.gouv.fr

Cette chaîne du livre fait que les uns ne peuvent pas vivre sans les autres. C’est pour cela qu’une entraide s’est mise en place au sein même de la filière, dont voici quelques exemples :
➡️ LE CENTRE NATIONAL DU LIVRE
« Le CNL précise le 3 avril les mesures de son plan d’urgence en faveur de la filière du livre, le conseil d’administration du CNL a approuvé à l’unanimité une première enveloppe de 5 millions d’euros ».
➡️ Les éditeurs se mobilisent pour alléger la trésorerie des librairies indépendantes
« À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : les maisons d’éditions françaises l’ont bien compris. Dans un communiqué, Antoine Gallimard a annoncé que les éditeurs distribués par la Sodis et Union Distribution reporteraient le paiement des échéances des mois d’avril et de mai pour les librairies indépendantes ». www.actualitte.com
« Le groupe Libella (Buchet Chastel, Libretto, Le Diable Vauvert, Phébus, Noir sur blanc…), et le diffuseur Pollen annoncent leurs gestes pour soutenir les libraires et alléger leur trésorerie en période de fermeture, imposée par le gouvernement dans sa lutte contre la pandémie de Covid-19 ».www.livreshebdo.fr
➡️ « Monsieur le président de la République, n’oubliez pas le livre ! » Le Syndicat National des Editeurs SNE au travers de son président Vincent Montagne, soutenait la tribune de quelques 625 auteur(e)s éditeurs et libraires reprenant le premier mot au début du confinement d’Emmanuel Macron : « Lisez ! ». Tribune visant à rappeler au chef de l’état que "les créations littéraires sont à la source des autres arts vivants que vous avez estimé, eux, nécessaire de soutenir."
www.mesopinions.com
➡️ ADELC Association pour le développement de la librairie de création
« L’Adelc propose un dispositif exceptionnel lié à la crise sanitaire : la prise en charge de la totalité des charges externes estimées pendant toute la durée du confinement ».www.adelc.fr

Si les grands éditeurs ont perdu une partie considérable de leur chiffre d’affaire, contrairement à ce que croit Olivier Nora des éditions Grasset, ce sont les petits éditeurs indépendants qui vont le plus souffrir. Ce sont également tous les acteurs indépendants du livre, les correcteurs, les traducteurs, les graphistes, les pigistes... qui vont mordre la poussière, car sans commande, pas de revenus, si ce n’est les droits d’auteurs pour les écrivains. Certaines de ces grandes maisons d’édition rebondiront plus facilement, jusqu’à 85% du personnel ayant été mis au chômage partiel. A titre d’exemple, pendant le confinement, Amazon (qui s’en est mis pleins les poches) n’a maintenu que 5200 titres disponibles à la vente sur plus de 750 000 références disponibles du catalogue vendu en France ; les autres réseaux Culture, Fnac, Les Furets du Nord, Décitre... ont favorisé leur stock disponible, sans passer de nouvelles commandes. Vous imaginez bien, que ce n’était pas les titres des éditeurs dit de "niche" qui ont été favorisé.

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Le 9 juin, selon le Syndicat National du Livre (le SLF) le Gouvernement a débloqué 50 millions d’euros d’aides pour les librairies indépendantes. L’aide apporté est principalement un fonds de soutien (25 millions) pour permettre aux libraires de faire face à leurs difficultés financières après deux mois de fermeture. Ce montant sera géré par le Centre national du livre (CNL). Le reste est réparti à tout le secteur culturel, principalement des prêts fait auprès de l’IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles).
Nous avons recueilli des informations auprès de Frédéric de Ajaujo représentant de petits éditeurs indépendants, à la tête d’ AKFG. il a réussi à obtenir une aide de 2 millions d’€uro supplémentaire uniquement pour les petits éditeurs indépendants qui ne sont pas forcément représentés par le SLF où siègent les principaux éditeurs. Il rappelle que plus de 80% des petites maisons d’édition sont en péril, et avec elles, notre pluralisme culturel. L’action des libraires est impactante et déterminante, et ce n’est pas forcément les best sellers de l’été qui aideront les petits éditeurs à relever la tête, souvent relayés au fond de leur boutique.

➡️ Signez la pétition : Sauvons nos maisons d’éditions indépendantes

➡️ Retrouvez vos libraires indépendants sur le site de Je soutiens ma librairie et commandez directement chez eux, sans passer par des intermédiaires :

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Quoi qu’il en soit, chacun peut faire sa part, que le geste vienne des grands industriels ou éditeurs et surtout celui des lecteurs, on est tous le soutien des uns et des autres, et le cercle vertueux dont nous parlions en introduction ne dépend que de nous ! Quand on pense qu’Astérix, notre gaulois préféré a très souvent été imprimé à l’étranger, on ne voit pas où est la solidarité là dedans, si encore nos imprimeurs Français étaient dans l’impossibilité de produire les quantités demandés, ce qui n’est pas le cas. Le dernier Astérix La fille de Vercingétorix a été imprimé à 5 millions d’exemplaire à sa sortie (chiffre non communiqué**) dont 50% ont été fait par l’imprimeur français Pollina et le reste en Roumanie (?) alors que nos imprimeurs ont besoin de soutiens, comme tous. Heureusement ce sont les petits éditeurs qui font travailler le plus les imprimeurs Français, pour éviter le transport coûteux et polluant dans un premier temps et pour le gage de qualité de ces derniers ! Les gros font souvent appel à la Chine comme souvent... le monde d’avant ...

... si la culture est aux abois, la solidarité de chacun est indispensable pour sauvegarder notre pluralisme culturel... Ne laissons pas passer la caravane !

Lisez !

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(**) Au 31 décembre 2019, 1 573 000 exemplaires du 38e album s’étaient vendus en moins de trois mois. Chaque Astérix se vend autour de 5 Millions (dans toutes les langues) faisant de notre Gaulois, le Français le plus connu dans le monde après Antoine de Saint-Exupéry entre autres.
(*) On rigole, c’est rarement écrit. La transparence n’existe pas encore, on préfère vous mettre "coton biologique" pour que vous ayez une bonne conscience éthique, même si c’est ramassé par des enfants ou des femmes pour moins de 10€ par mois !

Source Wikipédia / Culture.gouv.Fr / Xerfi / Futura Planete / WWF ... et des heures de recherche sur le web.

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